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La
Barbarie commence seulement
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Au lendemain de la guerre, cet essai prévoit la
poursuite des épurations ethniques massives, des massacres idéologiques
et des exterminations dans les camps de concentration et esquissé
le combat pour le recouvrement de son indépendance d'une Europe prise
en étau entre le despotisme stalinien et l'hégémonie américaine. Les
crimes de Staline ne seront reconnus et dénoncés efficacement que
par Soljenitsyne, en 1973. Aujourd'hui la pensée diéguézienne pose
ces problèmes dans une perspective anthropologique elle-même fondée
sur la génétique moderne, celle-ci trouvant son champ historique dans
l'évolutionnisme. Il s'agit de savoir si l'homme peut être considéré
comme sorti de l'animalité et sinon, quelles sont les formes de l'animalité
proprement humaines.
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De
L'absurde
précédé d'une lettre ouverte à Albert Camus |
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Cet essai esquisse les chemins de la sortie du nihilisme, que Heidegger précisera dans son Nietzsche en 1961. Aujourd'hui , la notion diéguézienne de nihilisme se fonde sur l'analyse des idéaux, donc de la croyance que des signifiants universels se trouveraient cachés dans la nature et seraient fournis à l'homme de l'extérieur. Surmonter le nihilisme, c'est acquérir la conscience que l'homme est l'inventeur de tous les signifiants et que "Dieu" est un signifiant conçu et rêvé par l'homme. | |
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Le paradis |
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Dieu est-il américain ? |
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Satire du quichottisme de la politique américaine après l'expédition de Suez en 1956. Le messianisme des idéalités peut inspirer et compénétrer une puissante nation et se concrétiser en un empire mondial. A ce titre, l'étude de la politique comme prolongement planétaire de la philosophie de la liberté dans une mythologie des idéaux est l'ultime expression de la vie idéologique de la modernité. Aujourd'hui cette réflexion s'inscrirait dans une philosophie du transformisme. L'homme n'est sorti de la zoologie que pour tomber dans la pensée mythologique, c'est-à-dire dans le règne de l'image - donc de l'imaginaire. | |
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L'écrivain est son langage |
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Peut-on comprendre un écrivain dans cet "au-delà des mots" dont parle Proust et qui fait vraiment le style ? A s'y essayer, ne risque-t-on pas de prendre la table de référence, l'instrument d'approche ou le levier pour l'explication elle-même ? Le hublot du cri-tique ne va-t-il pas envahir tout le champ ? Pour répondre à ces questions, Manuel de Diéguez s'est bien gardé de nous exposer systématiquement une méthode catégorique et définitive sur laquelle il planterait son propre drapeau: de Malherbe à Boileau il nous conduit, en logicien, a travers une histoire inédite de la critique littéraire devant le style ; puis il nous initie à l'aventure de la critique créatrice contemporaine, qui n'avait jamais été étudiée dans ses principales lignes de recherche, de Barthes à Paulhan, de Béguin à Poulet, de Bachelard à Sartre. | |||
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On s'aperçoit bientôt que la promenade
n'est pas innocente : elle nous conduit au cœur de ces problèmes d'écriture
que nous voyons dominer en secret toute la "stratégie créatrice" de
notre littérature. Une dialectique vivante - en fait, une critique
des recherches contemporaines - nous conduit insensiblement à deviner,
à découvrir, à préciser nous-mêmes la solution que l'auteur avait
en tête , et qui nous semble bien naturelle : peu à peu le style d'un
grand écrivain nous apparaît comme une réponse si "originelle" au
inonde qu'elle se situe avant sa pensée.
"La forme dicte le fond ", disait Valéry. L'auteur nous montre alors que c'est ce message d'un style que nous attendions, et auquel nous étions sensibles sans le savoir ; d'où une interprétation nouvelle du classicisme, au niveau du tragique et de la profondeur du style. Une courte étude du style de Montherlant démontre alors la fécondité d'une méthode qui ne peut s'apprendre au sens vulgaire, puisqu'elle aboutira toujours à une conclusion valable pour le seul auteur étudié. Dans un second volume, Manuel de Diéguez a étudié les styles de Bossuet, Pascal, Chateaubriand, Claudel, au niveau de ces comportements originels et symboliques que sont les styles (Essai sur l'avenir poétique de Dieu, Plon 1965). Publié en 1960, L'Écrivain et son langage proposait la première synthèse des nouvelles recherches de la critique. L'ouvrage retrouve sa pleine actualité à l'heure où l'histoire redit sa tyrannie et l'homme sa transcendance. |
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Rabelais par lui-même |
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Du biographe, Valéry a dit que " son illusion consiste à croire
que ce qu'il cherche peut engendrer ou expliquer ce que l'autre
a produit ". Le biographe " compte les chaussettes, les maîtresses,
les niaiseries de son sujet ". La biographie d'un Rabelais ne serait
pas sans enseignement : elle est seulement devenue presque impossible
en se voulant moins vulgaire. Comment s'est accompli dans le temps
un tel mûrissement spirituel? Quel événement inaperçu a pu déclencher
telle crise grave, favoriser telle éclosion, détourner tel pouvoir,
faire naître tel imprévu qui a pris nom et figure de victoire ?
Qui dira l'insignifiance de tel fait spectaculaire, l'importance,
au contraire, de tel hasard ? Comment fonctionne enfin chez Rabelais
cet art assuré dont l'alchimie nous est toute inconnue, mais qui
se nourrit à coup sûr d'événements infiniment plus nombreux et plus
imperceptibles que ceux, rares et voyants, de la biographie ? Telle
saisie brutale de ses chers livres de grec au couvent de Fontenay,
qui dira comment Rabelais s'en est armé, ou de quel retranchement
secret son esprit a trouvé alors le prétexte ? | |
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Chateaubriand ou le poète face à l'histoire |
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La grande poésie veut donner un sens au monde, donc à l'Histoire, où l'aventure humaine se déploie à l'échelle de la terre. Mais comment lui en donner un, dès lors que le Dieu de Bossuet ne tient plus c tous les fils de l'univers dans sa main "? Alors l'épopée bute sur l'assassinat; et le poète ne sait plus comment répondre à l'essence meurtrière de l'Histoire. Il essaie donc des cosmogonies de substitution au cœur desquelles, toujours, un cadavre vient étouffer sa voix. Cette errance du poète moderne, ces pages voudraient l'illustrer à propos de Chateaubriand, exemplaire témoin. Mais à travers le nomadisme cosmogonique de la parole poétique, c'est le problème de l' " engagement " qui se dévoile enfin, non plus seulement du point de vue des exigences propres à l'Histoire, mais de celles particulières à la grande création littéraire. Car un mythe poétique semble révéler ici son profond empire, celui d'Orphée. N'est-ce pas une manière de descente à l'Hadès du poète que cette recherche des ruines et destombes, des cités évanouies et des déserts, ostensibles sépulcres où l'homme se complaît à son propre effacement ? | |||
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Mais l'Eurydice que ce poète va
chercher aux enfers pourrait bien n'être que le cadavre de l'Histoire
elle-même. Quelle loi du sang, au cœur de l'Histoire, empêche donc
cette Eurydice-là de ressusciter ?
"Poésie, connaissance orphique de la terre", dit Mallarmé. Si la haute poésie est donc aussi une résurrection, comment peut-elle s'accomplir lorsque le poète est épique, c'est-à-dire lorsque le meurtre lui saute à la face ? La réponse à cette question est peut-être dans une comparaison de la poésie de Chateaubriand avec celle, non moins épique, mais toute résurrectionnelle, de Saint-John Perse. Enfin, si la mort et la résurrection d'un dieu parlent au plus secret de la poésie, peut-être un lien pourrait-il se faire voir entre la poésie et le sacré, et nos civilisations elles-mêmes commencer de s'éclairer sur les pentes opposées qui descendent à la nuit ou remontent du tombeau. |
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Essai sur l'avenir poétique de Dieu |
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Est-il encore possible de soutenir que Dieu existe hors du cœur de l'homme qui forge à travers lui son élévation et son destin ? Il faudrait alors pro-clamer du moins que les musulmans, les juifs et les chrétiens adorent le même Dieu sans le savoir, car sur la planète devenue plus petite, les divers mono-théismes s'affrontent, nous plaçant devant un véritable polythéisme de fait. Mais que deviendraient alors les religions polythéistes ? Interrogeant les quatre plus grands apologistes français du christianisme à l'aide de la méthode critique mise au point dans l'Écrivain et son langage, l'auteur cherche à cerner le Dieu humain qui parle au cœur de ces grandes voix. Il constate d'abord que le système du monde (ou cosmogonie) sur lequel s'appuie le christianisme, n'est pas du tout le même chez nos quatre apologistes, et que leur théologie diffère davantage de l'un à l'autre que s'ils appartenaient à des religions différentes. Bossuet veut un Dieu toi du Ciel et de la terre, jetant avec superbe " juifs et gentils au tombeau " ; Pascal veut un Dieu du vertige et du vide, Dieu | |||
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étranger à la physique et aux sciences,
et qui ne permet pas de lire l'histoire des rois, des empires, des
capitaines; Chateaubriand veut voir mourir les civilisations pour
nourrir un christianisme désespéré par la fuite du temps. Claudel,
enfin, veut égaler la strophe poétique au cycle de l'éternité, et
faire du cœur humain l'horloge de l'univers.
Il faut donc chercher le sacré dans ce que ces voix ont de commun, non dans ce que leurs théologies diverses ont d'inconciliable. Et c'est un cycle de la mort et de la résurrection ; une descente à l'abîme et une remontée à la lumière. Chez Bossuet, un verbe régnant se penche éternellement sur le gouffre de la colère divine et s'en arrache par la pompe et la gloire de la parole de prédication : il y faut un Dieu qui soit assis comme un roi sur son trône, et qui manie la foudre. Chez Pascal, une pensée logicienne s'enferme rigoureusement dans les évidences euclidiennes, et en formule les tautologies avec trois siècles d'avance sur les logiciens modernes, afin d'assurer le cycle de la chute dans l'infiniment petit et la remontée à l'infiniment grand de sa voix. Chez Chateaubriand, le système des " harmonies de la nature " se plaque comme une pièce rapportée sur le cycle de la descente dans l'oubli et d'un avènement du règne de la mémoire. C'est que ce poète manque de la théologie nécessaire à sa voix. Chez Claudel le cycle de. la mort et de la naissance s'exprime par une véritable reconstruction cosmogonique de l'univers où l'Art poétique dit la théologie. Le poète enfante délibérément le système du monde nécessaire à son chant. Tous ces cycles d'une descente à l'Hadès et d'une remontée au jour réconcilient la démarche orphique avec celle des dieux eux-mêmes, qui descendent tous aux enfers pour ressusciter. |
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Science et Nescience |
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Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de "vérité" - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du "convaincant" dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de "l'intelligibilité" dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. | |||
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Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure
tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable.
La philosophie devenait une maïeutique du vide, une redécouverte
du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. |
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La caverne |
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La Caverne se compose de trois parties : l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, symboles d'une initiation progressive à la critique radicale de la notion de cause intelligible. Tout l'ouvrage déploie la question de savoir si les célèbres Yahous, imaginés par Swift, sont dotés d'une lueur de raison. L'Enfer étudie l'empire et le destin du calcul, texture et mesure des "causes". Descartes, Don Quichotte, saint Ignace et quelques autres témoignent d'une histoire cachée du sacrifice rituel. Celui-ci apparaît au cœur de l'évolution de la physique, de Thalès à Einstein. La notion d'idole est réintroduite dans la métaphysique. Le Purgatoire est placé sous la protection d'Homère et de Dante. Le destin de la raison naturelle des Yahous est soumis à une forte | |||
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purge intellectuelle. Le narrateur, voguant d'île
en île, visite tour à tour Scylla, l'île des Innocents, l'île des
Disputeurs, des Lotophages, de Médamothi et d'Hélios Hypérion. La
métaphysique " cyclopéenne " est observée et moquée en son œil rond.
Les personnages qui animent en secret la logique classique se démasquent.
L'histoire des mathématiques, tantôt jansénistes, tantôt pélagiennes,
est mêlée aux problèmes de la théologie et de l'exégèse sacrée.
Une certaine lecture symbolique de l'Odyssée sert de référent
constant à une "divine comédie" de la métaphysique occidentale.
On découvre, ce dont on se doutait, que la théologie est malade
de sa philosophie. |
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Et l'homme créa son Dieu |
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On dit qu'il ne faut pas confondre la religion avec la politique. Mais la religion n'éclairerait-elle pas la dimension politique de l'histoire à un niveau de profondeur qui échappe aux hommes du temporel ? Les conciles du IVe siècle ont élaboré la croyance à la double nature de Jésus, censé avoir été Dieu déjà dans le ventre de sa mère. Que signifie un tel mythe ? De quel conflit entre les idéologies des diverses classes sociales est-il l'expression ? Quelle philosophie de la connaissance reflète-t-il ? En explorant les querelles théologiques qui ont abouti au processus de la divinisation de Jésus, Manuel de Diéguez soumet la religion | |||
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chrétienne à une psychanalyse politique et propose
ainsi une compréhension nouvelle des rapports de la foi avec l'histoire.
Parallèlement, il esquisse une théorie de l'imaginaire qui conduit
à une démythologisation du mythe sacré et de la théorie scientifique
comme sources d'intelligibilité du monde. |
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Jésus |
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L'âge théologique de l'humanité s'achève. Les grands systèmes métaphysiques ont rejoint les dieux morts. Le dialogue de Jésus, le premier démythologue de la matière, avec Socrate, le premier psychanalyste de la raison peut commencer. Quels traités d'alliance sournois existent-ils entre la religion et la politique, l'esprit d'orthodoxie et la théorie scientifique, nos métaphores et nos connaissances, nos croyances et la beauté ? Les Évangiles ressortissent-ils à la littérature fantastique ? Comment notre cerveau forge-t-il le fabuleux ? Peut-on radiographier l'entendement humain ? Toute signification de l'histoire est-elle onirique ? | |||
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Quelle est la puissance des songes dans la vie des
nations ? Qu'enseigne l'histoire des biographies rationnelles de
Jésus depuis le XVIIIe siècle ? Que nous apprend l'évolution des
méthodes de l'exégèse ? Qu'en est-il des relations du sacrifice
de Jésus avec l'État ? |
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Une histoire de l'intelligence, l'idéocritique, |
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"Depuis plus d'un siècle, l'évolutionnisme joue, dans notre connaissance des êtres vivants, le rôle qu'a joué autrefois la révolution copernicienne dans notre connaissance de l'univers. Pourquoi, dans ces conditions, la plupart des sciences humaines demeurent-elles encore à l'écart du champ d'analyse ouvert par Darwin, qui fit de toute pensée une dimension de l'histoire? Pourquoi la philosophie, qui conditionne toutes nos théories de la connaissance depuis deux millénaires et demi, puisqu'elle a pour ambition une pesée de notre intelligence, n'a-t-elle pas réellement pris en charge l'évolutionnisme ? Une histoire de notre raison ne s'est-elle pas révélée la clé de notre destin biologique ?" C'est donc afin de jeter un pont entre la paléontologie et la philosophie que j'ai tenté de poser les premiers fondements d'une discipline | |||
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nouvelle de la recherche - l'idéocritique - dont
la tâche est d'étudier l'histoire de notre intelligence à partir
d'une spectrographie critique de l'idée que se sont faite de la
notion de raison les neuf Gulliver essentiels, à mes yeux, de notre
Occident : Platon, Aristote, Descartes, Hume, Kant, Hegel, Nietzsche,
Husserl et Heidegger." |
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L'idole monothéiste |
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Poursuivant une première démythologisation parallèle du christianisme et du rationalisme explicatif, inaugurée par Science et Nescience (1970), La Caverne (1974), Le mythe rationnel de l'Occident (1980), Manuel de Diéguez analyse dans L'Idole monothéiste la structure politique du sacrifice catholique. On sait que le culte chrétien exige l'immolation à la divinité d'une victime de vraie chair et de vrai sang en la personne, proclamée réelle, d'un hommez-dieu censé dûment présent sur l'autel. Mais cette victime "propitiatoire" (Concile de Trente) passe en même temps pour immortelle "sous les dents de fidèles". Les religions antiques ne se heurtaient pas à ces contradictions internes de leurs récits mythiques, car si leur logique sacrée se fondait, elle | |||
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aussi, sur le "vrai et réel sacrifice"
d'un être vivant, homme ou animal, occis en signe d'offrande expiatoire
à une idole, cette victime était choisie parmi les mortels.
La portée actuelle de ce débat reste considérable, parce que l'appel des idéologies et des orthodoxies politiques contemporaines à l'obéissance sacrificielle des citoyens sur les autels de la patrie, de la civilisation ou d'un avenir rêvé, n'est pas devenu moins universel qu'à l'époque où la vocation planétaire du genre humain à l'auto-immolation mystique demeurait du moins à l'abri des menaces de l'apocalypse nucléaire. Dès lors se pose la question essentielle: "Quel est le statut de l'intelligence critique face au meurtre ou au suicide autrefois exclusivement débarqué dans l'idéologie ? La raison arrachera-t-elle à l'autel de l'atome cet Isaac nouveau qu'est aujourd'hui l'humanité tout entière? La pensée ne sera-t-elle qu'un vain exorciste du nouvel holocauste que la sottise prépare ou bien fouaillera-t-elle les entrailles des dogmatismes sanglants et des sacerdoces idolâtres." Seule l'analyse du contenu redoutable du "sacrifice réel" fournira la clé d'une plongée dans les secrets ambigus de l'obéissance concentrationnaire, aussi bien théologique qu'idéologique. Qu'on y cherche l'acte de baptême du "spiritualisme athée" annoncé par l'auteur (Le Monde du 3 avril 1979), un pas important vers une science politique des religions, un essai sur l'avenir de la pensée et sur le courage de la lucidité, L'Idole monothéiste est d'abord une méditation sur les espoirs de la liberté. |
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Le mythe rationnel de l'Occident |
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Poursuivant ses réflexions sur la structure psychologique de la raison occidentale inaugurée dans Science et Nescience (Bibliothèque des Idées , Gallimard, 1970) et La Caverne (Bibliothèque des Idées, Gallimard, 1974 ) , ainsi que dans de nombreux articles (Science et philosophie in Encyclopaedia Universalis; La raison et son inconscient, in Philosopher, Fayard, 1980, etc.), Manuel de Diéguez propose l'essentiel de sa maïeutique sous une forme condensée et accessible à un public plus large. D'Aristote à Nietzsche, la philosophie s'interrogeait sur la valeur de la connaissance à partir de l'idée simple qu'une saisie fidèle du réel serait le critère de la validité du savoir. | |||
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Dans une perspective socratique, Diéguez analyse
la manière dont la raison occidentale s'y prend pour élaborer, en
réalité, un signifiant, le rationnel. |
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Le Combat de la raison |
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"Entre le retour du fanatisme religieux et la molle dictature des bureaucraties d'État , la raison critique aurait-elle capitulé ? Le citoyen-Dieu, bercé par les flonflons du bicente-naire de la Révolution, laissera-t-il célébrer son propre culte jusqu'au sacrifice final ? Des soubresauts de l'Islam à l'Évangile mondial des droits de l'Homme, l'urgente nécessité de revenir sur l'autonomie dont bénéficie le théologique se fait sentir. Pouvons-nous continuer de vivre à l'abri de la pseudo frontière séparant la raison du fabuleux ? Parce qu'il croit à la survie de la raison, Manuel de Diéguez souhaite en finir avec le "théologique pur", cher à Carl Schmitt, pour s'engager, courageusement, dans une analyse critique des distinctions artificielles établies par les historiens entre le religieux et le politique. Il pose ainsi les fondements de ce qui pourrait être une authentique "science des religions". | |||
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Essai sur l'universalité de la France |
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Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée est une geôle et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'une songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? | |||
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Le messianisme français de la raison sera-t-il
capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales,
de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des
mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner
un souffle élévatoire à la compréhension de l'Histoire, de nourrir
l'élan des Lettres et des Arts ? Les révolutions véritables sont
des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs
Sanchos et leurs Quichottes . Elles se développent donc sur deux
versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs
curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et
les vigies. |
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Écrivain et philosophe né en 1922. A l'âge de 26 ans,
publie la même année La
Barbarie commence seulement (1948) et De
l'absurde, essai sur l'avenir de l'Europe (1948). Ces deux ouvrages
constituent la première analyse de la tyrannie marxiste stalinienne
comme système de gouvernement fondé sur l'alliance
de la puissance d'État avec l'utopie politique. Satire de la neutralité helvétique (Le Paradis, roman, Plon 1953). En 1957, paraît une satire de l'hégémonie américaine
(Dieu
est-il américain ?).
L'Écrivain
et son langage, Gallimard 1960, Rabelais,
Le Seuil 1960), libèrent la critique littéraire du marxisme en réhabilitant
l'individualisme du génie et l'art de l'écriture.
Chateaubriand ou le poète face à l'Histoire, Plon 1963, Essai sur l'avenir poétique de Dieu, Plon 1965 , introduisent à une philosophie de l'écrivain de génie et à une analyse existentielle du style. La réflexion politique prend le chemin une démonstration de ce que la bombe atomique est une arme mythologique, donc psychologique, et non un gros canon (Esprit, nov. 1977, juin 1979, nov. 1980, Revue politique et parlementaire, janv. 1996). Retour à une philosophie des sciences avec une étude
généalogique de la notion d'intelligibilité dans la physique : les "lois
de la nature" n'expriment pas un prétendu statut "légal" et "juridique"
de l'univers, (Science
et Nescience, Bibliothèque des Idées, Gallimard 1970).
Ces analyses conduisent à l'étude de l'imaginaire religieux;
La
Caverne, Bibliothèque des Idées, Gallimard 1974). Étude
sur l'imaginaire dans l'Histoire
(Et l'homme créa son Dieu, Fayard 1984, Jésus, Fayard, 1985, Une histoire de l'intelligence, Fayard 1986, L'idole monothéiste, PUF 1981, Le mythe rationnel de l'Occident, PUF 1980. Après Le
Combat de la raison (Albin Michel 1989), sélectionné comme
le meilleur essai de l'année, et l'Essai
sur l'universalité de la France, Albin Michel 1991, l'auteur
prépare une histoire de la philosophie qui prendra acte de la fin du
messianisme politique et religieux. Théoricien de l'Encyclopaedia
universalis (Philosophie des sciences, Identité du sujet, Sagesse,
Rabelais, etc. ). Publication de l'Introduction à l'anthropologie
historique , Calmann-Lévy. A paraître: une Méthodologie générale
pour l'interprétation de l'imaginaire dans l'Histoire - qui fonde l'anthropologie
historique et philosophique.
Publications dans la N.R.F., La Table ronde, Esprit,
la Revue politique et parlementaire, Commentaire, Les Temps modernes
(Retour à la réflexion sur la physique d'Einstein en juin 1994 et sur
La fin d'une illusion de Furet en septembre 1996 dans Les Temps modernes).
Au total, plus de 75 articles.
Manuel de Diéguez a reçu la médaille, gravée par la
Monnaie de Paris que l'État réserve aux auteurs dont il honore l'ensemble
de l'œuvre.
Enseignement dans les universités américaines (Visiting Professor). |
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